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04

Mai

Débat sur la prise en charge de la dépendance : nous devons aller au-delà des questions financières PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Pascal Terrasse   

La dépendance sera certainement un des derniers grands sujets de débat politique de ce quinquennat, ainsi que l'a voulu Nicolas Sarkozy.

Les données démographiques et financières du problème sont bien connues: en 2050, un Français sur trois aura plus de 60 ans, contre un sur cinq en 2005. Alors qu'un million et demi de personnes âgées sont "dépendantes" aujourd'hui, les 80 000 personnes supplémentaires chaque année nécessitent que soient mises à leur disposition des structures adaptées à leur prise en charge ainsi que des financements appropriés. Il s'agit donc de trouver les ressources nécessaires au renforcement des mécanismes de solidarité nationale existants, et ce dans un contexte budgétaire extrêmement tendu.

Si le constat de départ, la mesure des enjeux et l'absolue nécessité d'une réforme visant à améliorer en pérenniser la prise en charge de la dépendance font l'objet d'un large consensus, il est une composante du problème jusqu'ici trop largement ignorée. Au delà des chiffres (budgets à mobiliser, infrastructures d'accueil à construire, personnel nécessaire...), qui font l'objet de toutes les discussions aujourd'hui, la dimension humaine doit être replacée au coeur des débats.

Dans une enquête journalistique sérieuse et approfondie, F. Nénin et S. Lapart nous livrent un constat très alarmant sur l'état des établissements prenant en charge les personnes âgées, et notamment les maisons de retraite, aujourd'hui. Si une société peut être jugée à la manière dont elle traite ses anciens, le reflet de la société française que les auteurs nous amènent à contempler est peu reluisant. N'hésitant pas à parler de "maltraitance institutionnelle", et même de génocide silencieux, ils attirent notre attention sur un phénomène que, par notre négligence ou notre ignorance, nous n'avons que trop longtemps laissé se perpétuer.

Lorsqu'un institut de sondage révèle que 49% des français ont une opinion défavorable des maisons de retraites; que les personnels des maisons de retraite expriment leur désarroi face à des conditions de travail, souvent en sous-effectif, difficiles; que le placement des personnes âgées en institution spécialisée est un choix par défaut, souvent fait avec réticence voire culpabilité par des enfants n'ayant pas d'autre recours; que la maltraitance des personnes âgées placées dans ces institutions est beaucoup trop souvent enfermée dans le déni et non combattue, il est de notre devoir de nous interroger, de regarder les choses sans nous voiler la face.

Comme le soulignent les auteurs, aucun débat sur l'évaluation du phénomène de maltraitance des personnes âgées n'a eu lieu depuis le milieu des années 2000. Or, leur enquête montre non seulement la réalité de ce problème, mais en pointe également certaines causes fondamentales: manque de personnel, manque de moyens financiers; à quoi nous pouvons ajouter un manque criant de système d'évaluation systématique des modes existants de prise en charge de la dépendance. Peut on décemment s'interroger sur la prise en charge de la dépendance en occultant la dimension humaine du problème? Peut on décider d'étendre et de pérenniser le système de solidarité inter-générationnel actuel sans s'interroger sur la qualité de ce système, mesurée à l'aune de la qualité de vie des personnes qu'il prend en charge? Il est essentiel que le débat sur la dépendance ne fasse pas l'impasse sur ces questions, il en va de l'idée que nous nous faisons de notre société, et des valeurs humanistes que nous souhaitons porter.


Débat sur la prise en charge de la dépendance : nous devons aller au-delà des questions financières
 
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