
Le couperet est tombé. Annoncés le 4 juillet dans la presse, des décrets condamnant des services de chirurgie et des maternités en France pour activité insuffisante vont être publiés par le ministère de la santé dans les premiers jours d'août.
Sous couvert d'exigence de taux d'activité minimum, les hôpitaux sont de plus en plus soumis à des impératifs de rentabilité. En effet, en-deçà du seuil de 1 500 séjours annuels (calculés entre 2007 et 2009), "la sécurité des soins ne serait pas assurée". De plus, le ministère de la Santé estime que les gens ne "voudraient plus se faire soigner (ou accoucher) dans les petits hôpitaux", et les médecins ne voudraient pas davantage soigner dans ces petits établissements. Assurer la continuité des soins dans de telles conditions nécessiterait, d'après Jean Leonetti (Président de la FHF), que les établissements recrutent des "mercenaires en blouse blanche" exigeant d'être payés à des tarifs très élevés.
On nous explique donc que pour assurer la continuité et la qualité des soins sur l'ensemble du territoire, il faut supprimer des hôpitaux ou des services. Quelle ironie ! Comment expliquer, si le gouvernement et la majorité présidentielle avaient raison, que des milliers de personnes se mobilisent chaque fois que leur hôpital de proximité se voit menacé ? Que les multiples réformes mises en place depuis 2002 ont suscité l'indignation de millions de citoyens, qui ne peuvent comprendre qu'on sacrifie l'accès de tous à un service de santé essentiel à l'impératif de rationalisation et de limitation des dépenses publiques de santé, alors même que d'autres solutions tout aussi responsables financièrement existent, et que ces mesures touchent en premier lieu les plus vulnérables : les personnes modestes et les malades eux-mêmes.
Sans tenir compte de l'avis de l'ensemble des acteurs soucieux de l'avenir de notre hôpital public, ni des objectifs fondamentaux d'égal accès aux soins pour tous et de la préservation et l'amélioration d'un hôpital public placé au coeur de l'excellence de notre système de santé, le gouvernement poursuit impitoyablement sa politique de destruction d'un service public qui nous est envié dans le monde entier. Avec pour seule justification un argument massue, qui nous est asséné à longueur de débats : il n'existe aucune alternative, un pays aussi développé que la France n'a plus les moyens d'assurer à chacun un accès égal à des soins de qualité.
Il existe un réel problème de financement de l'assurance maladie, ainsi que des hôpitaux, personne ne le nie. Pour le moment, la politique gouvernementale amène à faire peser les ajustements nécessaires sur le personnel hospitalier et les hôpitaux de proximité, au détriment du maillage territorial et de la qualité des soins pour ceux qui en ont le plus besoin. Aujourd'hui, les hôpitaux réduisent leur déficit au prix d'importantes suppressions d'effectifs. En effet, les établissements de santé publics ont ainsi totalisé 460 millions d'euros de déficit en 2010 (déficits qui résultent de la mise en place, en 2004, de la tarification à l'activité). Pour atteindre l'objectif "zéro déficit" en 2012, fixé par Nicolas Sarkozy, ils en sont réduits à couper dans la masse salariale, qui représente 68% de leurs coûts. Depuis 2009, les effectifs dans l'hôpital public ont cessé d'augmenter : une première vague de 10 000 départs non remplacés en 2010 sera probablement suivie d'un nombre plus importants de départs non remplacés en 2011.
Pourtant, d'autres solutions aux difficultés de notre système de santé existent, le PS n'a cessé de le souligner au cours des débats, notamment lors des discussions du projet de loi HPST. Par exemple, nous avions montré que des marges de financement existent pour la santé : les niches sociales et les niches fiscales qui représentaient en 2008 115 milliards d'euros. Mais aussi les 5,5 milliards que coûtaient la mesure sur les heures supplémentaires de la loi TEPA, ou la non-taxation des stock-options et des parachutes dorés qui représentait en 2008 un manque à gagner de 3,5 milliards... Sur le thème de la santé, comme sur tant d'autres, notre pays a besoin de solutions responsables financièrement, et à même de préserver l'égal accès pour tous à un système de soins de qualité. Il sera de notre devoir, lors des prochaines échéances électorales, de convaincre l'ensemble de nos concitoyens que le Parti socialiste possède les solutions qu'ils appellent de leur voeux depuis des années. D'ici là, poursuivons notre combat contre la fermeture des services et des hôpitaux, contre la désertification médicale, et contre les barrières géographiques et financières qui amènent un nombre de plus en plus important de nos concitoyens à renoncer à des soins. Une telle situation n'est pas digne d'un pays aussi prospère que le nôtre, n'en déplaise aux agences de notations et aux vautours de la sphère financière qui spéculent sur notre crédibilité économique et financière.
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