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22

Oct

Interview de Pascal Terrasse PDF Imprimer Envoyer
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Écrit par Administrator   
{{Quelles sont les menaces qui pèsent sur le système de retraites?}} La première est financière. En effet, la réforme Fillon a déjà échoué, puisque la branche vieillesse est déjà gravement déficitaire. Le Conseil d'Orientation des Retraites (COR) atteste que le besoin de financement des régimes de retraite sera, au minimum, de 0,7% de PIB par an d'ici 2025. Au même moment, le Fonds de réserve des retraites ne peut pas jouer son rôle d'amortisseur. Depuis 2002, sa dotation n'a quasiment pas augmenté, se situant à 30 milliards, alors que les Finlandais en sont à 200 milliards. Nicolas Sarkozy a promis durant sa campagne ce qu'il ne pourra pas tenir. Il a ainsi annoncé qu'il augmenterait les petites retraites de 25% en finançant cette mesure par la réforme des régimes spéciaux. Or, cette augmentation coûterait spontanément au moins 10 milliards d'euros. Enfin, et ce point est essentiel, la révision drastique à la baisse des prévisions de croissance optimistes du gouvernement (l'OCDE et la Commission européenne tablent sur 1,8% au lieu de 2,5%) va faire encore chuter les recettes de la sécurité sociale. La seconde est politique. Comme la dérive des comptes en matière de santé laisse augurer une volonté de « laisser filer» le système de solidarité au profit d'une régulation commerciale, on voit bien que c'est l'ensemble des régimes de répartition qui se trouvent aujourd'hui menacé. {{Faut-il réformer les régimes spéciaux?}} Bien entendu, mais sans stigmatisation excessive et dans le cadre général, d'ailleurs prévu par la loi Fillon elle-même. Les problèmes d'équité face à la retraite ne sont pas limités à ces régimes, qui ne pèsent que 7% du total des pensions. En outre, si l'âge est un élément essentiel, il faut aussi regarder de près comment fonctionnent ces régimes, quelles sont les durées d'assurance, les taux de cotisations, le rapport entre salaires d'activité et niveau de la retraite, etc. Enfin, fort heureusement, la réforme est déjà lancée dans plusieurs régimes spéciaux et sur une base concertée. Qu'il faille aller plus loin ne signifie pas que la concertation doit céder la place aux décrets ! {{Comment une réforme doit-elle être conduite ?}} Mettre à plat l'ensemble des régimes suppose une méthode sans faille, qui ne repose pas sur un ukase. D'ailleurs le gouvernement se garde bien de rappeler que bien d'autres systèmes doivent être examinés, par exemple ceux dont l'équilibre financier repose sur l'effort de tous les salariés, à travers les mécanismes de compensation: c'est le cas de nombreuses professions indépendantes ou des agriculteurs, entre autres... {{Comment améliorer la situation des retraités ?}} Les grands chantiers sont connus et restent largement en friches: égalités entre hommes et femmes, pénibilité, thèmes sur lesquels le gouvernement fait des discours pour le moment. Ainsi, en matière de pénibilité, on peut se demander pourquoi il est si difficile de se fixer des priorités: un chauffeur de poids lourds, un ouvrier exposé à des substances toxiques, un employé travaillant la nuit, voilà des catégories repérées qui devraient pouvoir être mieux protégées. Parmi les effets pervers de la réforme Fillon, il est clair que de nombreux salariés risquent, à terme, de ne pouvoir liquider leur pension à taux plein faute d'une carrière complète. Pallier cette carence nécessite d'abord de mener une autre politique de l'emploi en faveur des « seniors », dont l'absence aujourd'hui est parfaitement contradictoire avec l'allongement de la durée d'assurance. Les négociations interprofessionnelles en cours sur ce thème démontrent à la fois qu'un consensus est possible avec et entre les partenaires sociaux et que le chemin à parcourir est encore long. Sur le plan financier, il faut imaginer un système de garantie, reposant sur un taux de remplacement, permettant à tout assuré de partir avec, par exemple, au minimum80% du SMIc. Pour ce qui est du financement, la clé est bien entendu le retour à la croissance. Si cela ne suffit pas, les entreprises doivent pouvoir contribuer davantage, soit à travers la cotisation d'assurance vieillesse, soit à travers leurs profits (contribution sociale sur les bénéfices, voire la taxe sur les contrats d'assurance, prélèvements qui existent aujourd'hui et dont le rendement pourrait être accru sans problème majeur.
 
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